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Les "Kommandos de Sologne" à Vannes

Il est des pages de notre histoire qui, aussi tristes et douloureuses soient-elles, doivent être racontées et apprises par les jeunes générations. Pour la mémoire, pour l’exemple, pour qu’elles restent transmises et connues quand les témoins et les survivants ne seront plus là, pour raconter ce qu’ils ont vu ou subi. Plus encore, celles liées à la déportation et à la shoah restent des tâches indélébiles sur l’honneur des peuples. Nous avons choisi de contribuer à cet effort de mémoire, en exposant dans cet article une histoire qui reste largement méconnue des vannois : celle des 2 camps d’internement de Sologne qui se trouvaient sur le territoire même de notre village…

En mars 1941, le commandement militaire allemand exerce des pressions sur le gouvernement de Vichy pour qu’il mette en application la loi du 4 octobre 1940 relative à l’internement des « étrangers de race juive ». 
Le 14 mai 1941, les autorités françaises lancent la première rafle de juifs sur le territoire. Cette rafle, dite du « billet vert », est effectuée par des policiers et des gendarmes français qui « convoquent » 6.500 juifs étrangers dans des lieux de rassemblement parisiens. Malgré les « sanctions les plus sévères » dont menace la convocation, seuls 3.700 personnes se présentent, soit 40%. Ils sont expédiés en train dans le Loiret, dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la Rolande.
Le choix du Loiret pour accueillir ces camps est tout à fait réfléchi : pas trop loin de Paris et de la Beauce pour les ravitaillements, il existe en outre déjà sur place des baraquements construits pour héberger les réfugiés puis les prisonniers de guerre Français.

La seconde rafle qui a lieu les 16 et 17 juillet 1942 est d’une tout autre ampleur. Cette rafle dite du « Vel d’Hiv » voit l’arrestation de près de 13.000 juifs, pour la plupart étrangers mais aussi français. Les célibataires et les couples sans enfant sont directement emmenés au camp d’internement de Drancy, tandis que les familles sont détenues provisoirement au vélodrome d’hiver de Paris. Ce sont 8.000 hommes, femmes et enfants qui sont transférés dans les camps de Pithiviers et de Beaune. La situation y devient vite dramatique : des épidémies s’y déclarent et des enfants meurent. Les autorités françaises, qui ont demandé l’autorisation de déporter les enfants, décident de faire partir d’abord les mères, puis ensuite les enfants. Ces derniers seront gazés dès leur arrivée à Auschwitz.

Dans tout le pays, les autorités françaises ont ouvert des camps de rétention pour regrouper, dans un premier temps, les « étrangers jugés indésirables ». Dans un second temps, le terme « étranger » est supprimé pour parler de « personnes jugées indésirables ». On notera ce changement de formule, qui accompagne le changement de « nature » ce ces camps. Car, de camps d’internement, ils deviennent des camps de transit, vers la mort et l’horreur des camps nazis.

Près de nous, le camp de Jargeau fonctionne de 1941 à 1945. 1.720 personnes y sont détenues, dont 1190 tziganes et 530 « autres » : prostituées, détenus politiques ou vagabonds.
En 1941, un projet préfectoral d’Orléans répond à la volonté de faire travailler des juifs pour « remettre en valeur un espace rural en déshérence ». Les internés sont supposés assainir des marais autour de 3 fermes de Sologne désertées, réquisitionnées pour l’occasion : la ferme dite de Matelotte, à Cerdon, et les fermes de Ousson et du Rozoir à Vannes-sur-Cosson. Cet essai d’application concrète du discours du régime sur les valeurs de la terre (« qui ne ment pas ») tournera court, faute de moyens. Mais on y voit les prémisses du travail forcé avec sa ribambelle de corvées punitives (carrières, chantiers d’entretien des routes, etc.) Les candidats sont volontaires ; pour beaucoup, c’est une possibilité supplémentaire de s’enfuir ou, du moins, de ne pas être entouré de barbelés.

C’est donc ainsi que, le 25 juillet 1941, 277 détenus volontaires de Beaune la Rolande arrivent dans les « fermes du Loiret » pour assurer leur défrichement et leur exploitation : 94 à la Matelotte, 91 au Rozoir, et 92 à Ousson.
Ces internés sont surveillés par un bataillon formé de 8 à 12 gardiens par ferme, composé de gendarmes, de douaniers alsaciens « désaffectés » et d’auxiliaires non armés. Tous sont commandés par un capitaine de gendarmerie aux ordres du Préfet du Loiret, qui s’avérera être un « collaborateur » efficace. Il semble qu’une maison de Vannes ait été réquisitionnée par cet officier de gendarmerie pour l’administration des camps.
Nos recherches actuelles ne nous ont pas permis d’en définir le lieu exact…
En 1942, l’appellation officielle devient «camps de  Sologne» ou «kommandos  de Vannes sur Cosson», avec un « K » à l’allemande qui ne devait pas déplaire à l’occupant…


                Ferme d'Ousson, route d'Isdes

 
             Photo de groupe à la ferme d'Ousson

On s’en doute, les conditions de vie des internés sont extrêmement pénibles. Sans outil ni matériel de culture, ils n’ont pas d’infirmerie ni de soins médicaux. Des granges sont aménagées en dortoirs, équipés de lits de bois garnis de paille, qui ne sera changée qu’une seule fois. La Croix-Rouge fournit des couvertures, puis un poêle pour les dortoirs. Equipement ô combien minimum, quand on sait que l’hiver 41-42 fut particulièrement rigoureux,
avec des températures avoisinant les moins 20°C.

Au travers des témoignages, on se figure assez bien le travail au quotidien des internés. Au Rozoir, le travail commence par le nettoyage des bâtiments et de leurs abords, puis s’ensuit  un débroussaillage des terres laissées en friche. Un hectare est ensemencé avec des plants de légume fournis par la Croix rouge. Mais le manque d’outil rend le travail difficile, d’autant plus que la majeure partie des internés n’a aucune expérience du travail agricole. Devant cet état de fait connu de tous, une assistante sociale de Sennely intervient en juillet 42 auprès du Préfet pour dénoncer les conditions d’internement. Elle pointe notamment le dénuement vestimentaire des détenus. Malgré cette précarité, il n’y aura miraculeusement aucun décès à déplorer dans les fermes.
Le problème de la nourriture est particulièrement terrible, puisqu’il faut la trouver sur place. Sans parler de l’eau potable, inexistante à la ferme du Ousson, qu’il faut aller puiser ailleurs.
 
Les internés sont censés bénéficier d’un salaire égal à 1/8 ou 1/10 du salaire normal mais, dans les faits, ce salaire leur est confisqué pour leur procurer le peu de nourriture qui les fait vivre. Certains détenus sont envoyés travailler dans les fermes voisines, et améliorent ainsi leur quotidien au contact de la population. Aussi curieux que cela puisse paraître, jusqu’à octobre 1941, les détenus peuvent bénéficier de permissions temporaires (pour aller voir leur famille sur Paris), ou de droit de visite et sortie sur place  (en étant hébergés dans les fermes proches). Seuls 4 permissionnaires en profitent pour s’évader ; la crainte de représailles sur la famille est plus forte que l’envie de liberté… Sur les 119 détenus qui tentent de s’évader ; 40 % sont repris. Bien souvent, ces évasions se font avec l’aide de la population, parfois avec celle des gardiens, certains étant soudoyés.


       Ferme du Rozoir, route d'Orléans

 


                              Internés au Rozoir

La ferme d’Ousson ferme le 15 mars 1942, celles de la Matelotte et du Rozoir le 13 juillet 1942. Les détenus sont alors réintégrés à Beaune. Aux camps de Pithiviers et de Beaune, on se prépare pour interner les victimes de la rafle du Vel d’Hiv. Il faut « faire de la place » pour être en état d’accueillir ces milliers de personnes qui ne se doutent pas encore de la tragédie qui les attend. Les détenus des camps de Sologne sont embarqués le 17 juillet dans le convoi n°6 vers Auschwitz, le jour même de la rafle du Vel d’Hiv. Seul 3% d’entre eux survivront.

En totalité, du 23 mars 1942 au 17 août 1944, ce sont 79 convois qui partiront de Compiègne, Pithiviers, Beaune la Rolande, Drancy et Lyon à destination des camps de la mort. Sur les 73.853 personnes déportées, 2.190 hommes et 740 femmes survivront.

La liste de tous les convois partis de France est désormais connue, grâce aux travaux de Serge Klarsfeld. Nous connaissons les noms de 5 internés au Rozoir et de 4 internés à Ousson. Il resterait à ce jour 3 survivants, que nous nous efforçons de retrouver pour obtenir leur témoignage.

Citons Srul Icek Brener, né à Rmapol en Pologne, qui fut cordonnier à Paris, interné au Rozoir de juillet 41 à juillet 42 ; les archives de la mairie de Vannes gardent le document de la reconnaissance de son fils Lucien le 1er mai 1942. Rendons hommage à Szlama et David Bromberg, à David Schwaecbart et David Abraham Cukierman, qui fut l’un des rares survivants d’Auschwitz. Saluons la mémoire de Daniel et jacques Lederman, de Bernard et Arnold Bilder, et de tous les autres qui disparurent dans la spirale infernale de l’intolérance et de la barbarie. Certains, comme Eloi Lotri, eurent la chance de s’évader pour rejoindre le maquis et pour se battre contre l’occupant.

C’est par une histoire singulière que se conclu ce texte : celle de Bereck Zelkowicz qui fut interné à Vannes et qui a fait partie des déportés du convoi n°6. Il a survécu à l’horreur d’Auschwitz pour revenir à Vannes quelques années plus tard, avec un prénom « francisé » de Bereck en Bernard. Il a acheté auprès de la municipalité l’ancienne gare en juin 1950, puis plus tard le café Botton avec sa salle des fêtes (ces bâtiments sont situés route de Tigy, aux angles des rues du jeu de paume et de la croix sainte Madeleine).

Un remarquable exemple de pardon, d’intégration et de croyance positive dans l’avenir de la part de ce citoyen du monde… Et si c’était ça, ce qui constitue la vraie identité des habitants de ce territoire depuis toujours au croisement des flux migratoires, qu’on appelle aujourd’hui « France » ?

 

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